Besoin de Japon de Jean-françois Sabouret
Ed.seuil Avril 2004
Jai découvert cet ouvrage en travaillant sur mon mémoire. Ce professeur de philosophie écrit très bien et je pense que jai vécu le japon un peu comme lui. En tout cas, je me retrouve dans beaucoup dexpériences sauf que lui a reussi à y rester.
Je vous donne ici quelques extraits que je trouve intéressant et que japprouve parfois.
Le système Universitaire :
Un collègue japonais lui explique quil est trop dur dans la notation et quil faut au moins 80% de reçus aux examens. Le français se plaint et le japonais répond :
« Ce qui est important au Japon, cest le concours dentrée à luniversité, où lon mesure laptitude dun jeune à souffrir. Il dort peu plusieurs années et ne doit penser quà la préparation marathon de ce concours difficile. Une fois à luniversité, il faut laisser les personnes un peu libres pour réaliser ce quelles veulent. Si possible en dehors des cours officiels et des examens trimestriels ( ) Au bout de 4 ans, une entreprise les « reprendra en mains » pour les former selon ses critères. Quatre ans de liberté, ce nest pas si long quand on y réfléchit. Le système japonais est à linverse du vôtre en France. Chez vous, chaque bachelier a le droit de sinscrire à luniversité et la plupart dentre eux vont être fatalement éliminés du système dans les deux dernières années. Permettez-moi de vous dire que votre système universitaire est violent, coûteux et faussement démocratique. »
Les arts martiaux :
Jean-françois Sabouret demande à des pratiquants de Kyûdo, tir à larc japonais pourquoi ils sentraînent pendant tant dheures. Réponse :
« pour le plaisir ; pour rester en forme ; pour mieux comprendre lhistoire japonaise. »
Mais aussi « surtout pour ne pas rester à la maison auprès dune épouse que leur présence incommodait faute dy avoir été habituée. Mieux valait sortir de chez soi, trouver quelque affaire à régler, bref ne pas entraver le chemin de Madame au moment de passer laspirateur. »
Les médias et la japanmania avant la sinomania avant
Totalement daccord avec lauteur
« Il ny pas si longtemps encore on voyait affluer des experts en système kanban, en flux tendu, en gestion des stocks « à la japonaise » avec un zeste de culture intemporelle. Nos spécialistes expliquaient gravement à des cadres européens les secrets dun pays quils avaient découvert eux-mêmes peu de temps auparavant. Combien avons-nous vu de ces Diafoirus du bagout économique, persuasifs en diable, qui vendaient fort cher leur belle science toute neuve ? Aux dernières nouvelles certains bonimenteurs ont reporté leurs immenses compétences sur la Chine et, devant un auditoire hexagonal béat, ils font doctement savoir quils avaient vu monter en puissance et séveiller eux aussi la Chine, bien avant la mort de Mao en 76. Au moins.
Demain si léconomie indienne explose, ils seront là, cest certain à exhiber leurs transparents dans quelques palais de maharadjah désargenté, sous-loué pour loccasion. »
Les profs
« Issu dune famille modeste dans une petite ville de la préfecture de Miyagi au sud de Sendaï, mon collègue était devenu professeur dun lycée public renommé de la capitale. Mais il nen tirait aucune fierté particulière et se disait prêt à enseigner à toutes sortes dadolescents, y compris dans les lycées « à problèmes » de Tôkyô. Jimagine un professeur du lycée Henry IV ou Louis le Grand à Paris, à qui lon demanderait, après douze ans de travail assidu dans ces établissements prestigieux, daller faire bénéficier les jeunes des banlieues défavorisées de ses grandes compétences. IL y aurait du bruit dans le Landerneau de la montagne Sainte-geneviève. En fait ce qui doit manquer aux brillants pédagogues des lycées de chics de Paris, nest-ce pas un peu la pratique des arts martiaux pour muscler leur pédagogie. »
Individualisme, collectivisme
« Oui, les japonais ont des comportements très collectifs. Sur le chemin du bureau, au travail ou dans les loisirs de masse, on les retrouve souvent agglutinés ou parqués. Eux-mêmes ironisent joyeusement sur les aspects inévitables de la distraction à prix de groupe. Ils en rient, preuve quils ne sont pas dupes et quils lacceptent comme un mal nécessaire et peut-être passager. ( ) On décèle au Japon une « logique du bricolage » permettant de sarranger comme on peut des contraintes. Autant de règles du jeu à maîtriser pour naviguer peu à peu sans encombres dans le chemin dune vie. »
Education
Lauteur rencontre un journaliste. Ils ont une discussion profonde. Ils en arrivent à parler des écoles où les japonais nettoient eux-mêmes les salles de classe. Notre auteur français lui explique à linverse que des agents dentretien sen occupent en France. Réaction immédiate et cinglante du japonais qui pour lui lécole doit fermer des personnes à la vie en société en commençant par le respect de lespace public :
« Je comprends mieux maintenant pourquoi il y a tant de crottes de chien dans la rue à Paris. Ces choses-là sapprennent dès lécole. IL y a trois ans, je suis venu dans votre pays à Paris pour réaliser une série sur les restaurants de paris en vogue chez les japonais. Cétait bien payé. Cétait excellent et sympa, mais alors : que vos rues sont sales. »
Jean-françois Sabouret : « En général, la rue japonaise est sûre et propre. Et lécole japonaise, qui na pas que des mérites, loin de là, offre au moins celui déduquer chaque personne au respect de lespace commun, ce bien public. »
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